Accident causé par le mauvais état de la route

Accident causé par le mauvais état de la route

L’axe lourd Douala-Yaoundé continue de compter des morts
Pendant ce temps, les travaux de l’autoroute qui doit relier les deux villes sont toujours au point mort
On se demande bien si l’on y arrivera finalement un jour
Mais là ne semble pas, la principale préoccupation à l’ordre du jour
Cyniquement, certains se plaisent à voir l’axe de la mort se muer en cimetière
Alors que leur seule volonté mettrait fin à cette folie meurtrière
Qui hante immanquablement tout voyageur
Et l’oblige à invoquer sans cesse, le seigneur
Inutile aujourd’hui d’évoquer les chiffres affreux
Ou de conter des scènes captées par nos yeux
Impossible de décrire les peines de ces nombreuses familles indéfiniment inconsolables
Qui maudissent à jamais cette route à la fois incontournable et impitoyable
Si l’autoroute avait existé comme annoncée depuis nos années d’enfance
Elle aurait déjà atténué une bonne partie de nos souffrances
Ce projet reste malheureusement une vue de l’esprit
Les annonces optimistes ont du mal à cacher le retard que les travaux ont pris

campagne Stop aux accidents de la Route

campagne Stop aux accidents de la Route

Nkondjock aurait pu lui aussi sortir de l’ombre
Il aurait pu se débarrasser de ce visage sombre
Si la route le reliant à Bafang avait pu voir le jour
Si on lui avait offert cette promesse jadis annoncée en tambour
Ahmadou Ahidjo n’avait-il pas personnellement inauguré les travaux de ce tronçon
Dont le projet de bitumage reste depuis, une fiction
Ses dégâts en saison de pluie deviennent innombrables
Quand il ne s’agit pas de morts, il s’agit des pertes matérielles difficilement quantifiables
Le 5 septembre 2015, Simplice Bogni et l’épouse qu’il venait de prendre sont morts aplatis
Par un conteneur tombé d’une semi-remorque que le mauvais état de la route avait abruti
Sur le tronçon Logpom-PK 14, jusqu’à ce jour dans un état piteux
Ils se rendaient à une cérémonie, l’air tout heureux
Le camion tueur avait été piégé par un des trous gigantesques
Qui parsèment cette route cannibalesque
Dont les autres victimes bien qu’anonymes
Continuent de montrer à quel point elle décime
Ici aussi, les populations ont longtemps espéré en vain
Mais espérons que cette souffrance tire désormais à sa fin
Une entreprise chinoise est annoncée à ce niveau
Si tout se passe bien, elle lancera bientôt les travaux
Que lui a confié via le Ministère des travaux publics, le gouvernement
Dont la sensibilité, bien que tardive, se manifeste finalement
Mais il ne faut surtout pas que le chantier ressemble au prolongement du boulevard de la République
Qui au fil des mois, ne laisse aucune raison d’être plus euphorique
Dans plusieurs parties du pays, des routes existent sur papier
Certaines sont devenues d’interminables chantiers.

Cet article est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers initiée par les blogueurs du Cameroun. Demain, vendredi 23 septembre 2016, retrouvez le prochain billet de la campagne rédigé par Frank William Batchou dont le titre est:  » C’est lui le tueur !  » sur son blog: https://frankwilliambatchou.wordpress.com/

 

Jean Ping, Gabon

Cher Ping,
Il y a longtemps que j’ai voulu t’écrire
Mais puisque t’étais encore en campagne, je me suis abstenu de te nuire
J’ai pensé qu’il fallait que je t’observe jusqu’au bout
Afin de voir si tu allais bien laisser le Gabon debout
Beaucoup ont vu en toi un futur mauvais perdant
Mais n’ont-ils pas eu raison de te redouter autant ?
Vois-tu cette escalade de violence
A laquelle a largement contribué ton intransigeance ?
Mesures-tu ta responsabilité
Dans ces manifestations survoltées
Qui gagnent progressivement du terrain
Alors que s’est prononcé le peuple souverain
Cher Ping,
Aimes-tu vraiment ce pays merveilleux
Qui à ton papa réserva un accueil chaleureux
Étais-tu vraiment sûr de tes chances
Au point de crier victoire avant l’échéance ?
Tu semblais déterminé à utiliser tous les moyens
Y compris ceux suggérés par un conseiller du président ivoirien
Pris la main dans le sac
Et aussitôt prié de faire son sac
Avant d’insister sur le recomptage des voix
Rappelles-toi que tu le rejetas à haute voix
Lorsqu’en 2011, s’insurgeait Laurent Gbagbo le téméraire
Lâché par tous ses puissants partenaires
Pourquoi faire appel à la Communauté internationale
Quand tout peut se régler par les lois nationales
Qui sont on ne peut plus claires
Même si à tout le monde aujourd’hui, elles ne peuvent plaire

Logo du Cinquantenaire de la Réunification.Image Cameroun-online

Logo du Cinquantenaire de la Réunification.
Image Cameroun-online

Doit-on toujours appeler cela cinquantenaire ? Beaucoup de camerounais semblent embarrassés face à cette question. Mais ce qu’on retient, c’est qu’il aura quand même finalement lieu. Le Chef de l’Etat est  à Buea depuis ce mardi 18  février 2014 pour un séjour de trois jours. Buea où les préparatifs de ces festivités ont été faits et refaits depuis près de trois ans. Le chef de l’Etat n’avait pas pu dégager un espace dans son emploi de temps jusque-là. Son calendrier, généralement très chargé ne lui a pas permis d’organiser cette fête historique à temps. Beaucoup de ses compatriotes n’y croyaient plus. Mais comme on le dit au pays des Lions Indomptables, le temps du peuple n’est pas le temps du président. L’exemple de la finale de la Coupe du Cameroun de football qui n’est jamais programmée à l’avance en raison de ce calendrier énigmatique du président devrait normalement édifier tout le monde.

Réjouissons-nous qu’on puisse finalement célébrer ce fait marquant de l’histoire du Cameroun. Cette réunification historique entre les deux Camerouns  anglophone et  francophone qui ont accepté de se mettre ensemble pour former une république fédérale le 1er octobre 1961. C’est un moment qui mérite d’être célébré avec faste comme ce sera le cas dans le chef-lieu de la Région du Sud-ouest ce jeudi 20 février 2014. Militaires, gendarmes et policiers y ont été déployés en masse. Les rues de cette ville estudiantine sont  minées. Les populations peu habituées au protocole des « villes présidentielles » vont « souffrir » comme l’avaient récemment fait leurs concitoyens de Douala  lorsque le même président venait poser la première pierre des travaux de construction du deuxième pont sur le Wouri. Le spectacle était désolant. Heureusement qu’après un séjour d’à peine 72 heures, il était vite retourné sous les ors du palais d’Etoudi.
Mais une question reste. Un cinquantenaire célébré avec trois années de retard a-t-il la même saveur ? Beaucoup me répondraient par la négative. Avec raison. Sans sa portée hautement symbolique, on se dit qu’après ce grand retard, il fallait simplement annuler l’évènement. Surtout que connaissant la gabegie qui est la marque de fabrique de la plupart de nos hauts fonctionnaires , le vrai budget de cette célébration pourra  donner du tournis. Alors que plusieurs besoins de base sont loin d’être garantis pour les populations qui baignent dans une misère insoutenable. Des jeunes en perte de repères et dont les affres de l’indigence n’ont eu autre effet que de les plonger dans un total désespoir. Au sommet du pays, on veut nous forcer à croire que tout va à merveille. Les discours du Chef de l’Etat  dans lesquels il  se satisfait des réalisations pas toujours observées sur le terrain témoigne de cette hypocrisie politique devenue l’arme fatale des dirigeants contre le peuple.
Au Cameroun, le chef de l’Etat et ses proches collaborateurs sont déconnectés des réalités du peuple. Ce dernier se sent abandonné à lui-même et se bat tout seul et comme il peut pour survivre.

Wiliam Tchango
Canon de Yaoundé, une des équipes finalistes

Canon de Yaoundé, une des équipes finalistes

Les spéculations continuent de s’alimenter autour de la date de la finale de la Coupe du Cameroun de football. Tous les acteurs du sport ou presque pensent que l’évènement que préside traditionnellement le président de la République aura lieu ce dimanche 22 décembre 2013. Ils interprètent, comme chaque année les signes transmis par la présidence de la République. Mais jusqu’au moment où j’écrivais ce billet, aucun camerounais ne pouvait affirmer avec certitude que la finale se jouera effectivement ce dimanche. Même pas le Ministre des Sports, Adoum Garoua qui a beau faire des annonces sur les antennes de la Radio nationale, la CRTV, mais tout en éludant habilement la question de la date de l’évènement.

Comme chaque année, on ne fait que spéculer. L’on attend le Communiqué du Cabinet Civil de la Présidence de la République, seul décideur en la matière qui, au fil des années a habitué les camerounais à ce mythe. Le président de la République, on le sait est déjà revenu au pays après avoir participé au Sommet sur la Sécurité et la paix en Afrique organisé à Paris du 06 au 07 décembre 2013. Le Ministre des Sports qui voulait se rendre au Gabon pour soutenir l’équipe nationale A’ engagé à la Coupe de la CEMAC a été retenu par Philemon Yang, Premier Ministre.

Et la presse a tout de suite établi qu’il était question pour lui de préparer cette rencontre importante entre le Canon de Yaoundé et Yong Sport Academy de Bamenda. L’on a aussi remarqué une accélération dans les répétitions au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, Yong Sport de Bamenda est arrivé à Yaoundé ce vendredi matin, le Stade est repeint, le Ministère de la Communication accrédite déjà les journalistes… Mais tout cela suffit-il à confirmer que la finale aura bel et bien lieu dimanche ? Là est toute la question.

Ailleurs, la date de la finale de la Coupe nationale est connue longtemps à l’avance. Au Cameroun, on peut faire toute sorte de calendrier à condition de ne pas y intégrer ce rendez-vous particulier. Sa programmation dépend de la volonté et des caprices du cabinet civil de la présidence de la République qui se fout des conditions de préparation des équipes et les dépenses rallongées des dirigeants de clubs. Les entraineurs qui ont épuisé leurs cartes pour ce qui est des techniques entrainements, les joueurs qui, à force de s’entrainer sont victimes d’épuisement, le public qui n’a autre choix que de déserter les gradins.

Après, une fois au stade, il va falloir prier pour que le score du match ne soit pas nul à l’issue des 90 minutes. Sinon, il va falloir refaire les règles du foot pour ne pas perdre du temps au président de la République en passant directement aux tirs au but. En effet, les camerounais y sont habitués, c’est pourquoi, cette situation suscite de moins en moins de commentaires, ils préfèrent s’indigner en douce espérant qu’un jour, le cabinet civil reverra ses habitudes. Mais sera-ce pour demain ? Là est toute la question et très honnêtement, l’espoir est loin d’être la chose la mieux partagée.

 

Lions indomptables

 

En 2010, j’ai une honte d’être camerounais. Mon pays qui a fait du football son opium, se voyait administrer des raclées spectaculaires en Afrique du Sud à l’occasion de la Coupe du monde. Le 14 juin, jour où Samuel Eto’o alors nouveau capitaine et ses coéquipiers faisaient leur premières sorties face au Japon, j’étais déjà prêt des heures avant le match. Assis dans mon petit salon, j’étais rassuré plus que tout. Je voyais mal le Japon qu’on ne connait qu’à travers ses inventions technologiques battre mon  pays qui doit une partie de sa reconnaissance internationale à ses exploits dans le domaine du football. Le souvenir de 1990 habitait encore mon esprit comme celui de beaucoup de mes compatriotes. Paul le Guen avait, à mon avis concocté la meilleure équipe possible pour réaliser l’exploit à ce premier mondial en terre africaine. J’étais convaincu que si le sort voulait que ce trophée reste en Afrique, le Cameroun en serait logiquement le favori. Et Samuel Eto’o lui-même affirmait quelques jours avant au journal L’Equipe ; « Le Cameroun peut gagner la Coupe du monde ».

 

L’heure du match arriva ce 14 juin 2010, la formation nipponne, à mes yeux ne me présentait que des illustres inconnus pour la plupart, face à une équipe du Cameroun aux noms ronflants. Samuel Eto’o venait de remporter la Champions League avec l’Inter de Milan après une saison incroyable. Stéphane Mbia était un des joueurs clé de l’Olympique de Marseille, Eyong Enow était presqu’indispensable au milieu de terrain de l’Ajax Amsterdam, avec Arsenal, Alexandre Song montrait toute sa classe, Eric Maxime Choupo Moting et Joël Matip faisaient partie des révélations du championnat allemand… pour ne citer que ces noms. Le début du match était terne, Samuel Eto’o et ses coéquipiers manquaient de repères face à des japonais plus que décomplexés. A la 37ème minute, Honda ne faisait aucun cadeau à une défense camerounaise erratique. Le sort du match était scellé. Même si Okazaki (81e) et Mbia (86e) trouvaient respectivement le poteau et la transversale.

 

Deuxième match : Cameroun-Danemark, le 19 juin. Ce soir là, j’étais à Yaoundé pour un dossier urgent. J’avais dû tout abandonner à Ngoa Ekelle autour de 18 heures 30 pour me retrouver chez mon ami qui me logeait, au quartier Nkolmessing avant le début du match. En l’absence des mototaxis, ce fut un  peu compliqué. Mais, j’y arrivais 5 minutes après le début du match. Le Cameroun pressait, et Eto’o marquait à la 10ème minute. L’avantage n’allait pas durer puisque Bendtner égalisait facilement à la 33èmeminute et à la mi-temps, les deux équipes étaient à égalité. A la deuxième mi-temps, le Cameroun sombrait dans les déchets techniques et Rommedahl (61e) redonnait l’avantage aux scandinaves. Le jeu pauvre des Lions Indomptables ne pouvait leur permettre d’égaliser, le Cameroun était éliminé. Et la dernière rencontre perdue 2-1 contre les Pays-Bas n’était pas différent d’un match de gala.

 

La presse camerounaiseet internationale avait alors plus relayé les problèmes d’égo qui  infestaient la tanière que les performances mêmes de l’équipe. Un problème qui ne semble pas avoir été résolu jusqu’aujourd’hui malgré cette nouvelle qualification qui fait soudain oublier toute la guerre que se livrent les joueurs, les dirigeants, les anciennes gloires dans et autour de la tanière. Il ne faut surtout pas faire comme si la qualification venait assainir l’équipe nationale d’un coup de baguette magique. Pour ne pas, une fois de plus « souiller » le vert-rouge-jaune à la prochaine Coupe du Monde, il est important de se préparer dès à présent comme l’a souhaité Samuel Eto’o. Apporter une solution durable aux problèmes de foot qui semble faire la fierté de nombreux camerounais aujourd’hui. Même si une qualification à la Coupe du monde n’a jamais changé le quotidien des camerounais. Si cette préparation et cet assainissement ne sont pas faits, le Cameroun pourrait encore finir 31ème sur les 32 nations présentes au mondial brésilien comme ce fut le cas en Afrique du Sud en 2010.  Pourtant, en 2010, les individualités que regorgeait l’équipe nationale du Cameroun étaient de nature à rassurer. On était resté triomphaliste, oubliant que les problèmes d’égo pouvaient ainsi facilement prendre le pas sur la cohésion du groupe. Cette fois-ci, la qualification n’a pas été facile et tout montre que si on ne fait pas attention, l’implosion pourrait être au rendez-vous  lors du mondial brésilien.

 

Samuel Eto'o

Je commencerai par applaudir. Je ne saurais ne pas être content. D’après les informations que j’ai, Samuel Eto’o Fils est déjà là… Depuis dimanche, il est arrivé à Yaoundé pour le regroupement des Lions Indomptables qui s’apprêtent à dévorer les aigles du Carthage, ce dimanche, 17 novembre 2013 pour se qualifier à la Coupe du Monde Brésil 2014. Un match coupe-gorge, comme aiment bien le qualifier mes confrères de la presse camerounaise. Le grand « 9 » est très engagé, d’après ce qui se raconte. Normal, il a une mission, pas n’importe laquelle. La présidence de la République attend beaucoup de lui. Si ce n’était que pour son coach Finke et les autres camerounais, cet engagement ne serait peut-être pas le même. Il avait d’ailleurs annoncé sa retraite internationale, comme pour dire qu’il n’a plus la force physique et mentale qu’il faut pour rendre valablement service à sa nation.  Je suis d’autant plus content qu’à pareil moment, lors de la préparation du match aller à Radés, l’incertitude planait encore sur la participation du « pichichi » national à cette rencontre.

Il n’avait jamais daigné répondre à Finke et son staff qui avaient quand même eu l’audace de le convoquer malgré l’annonce de sa retraite internationale à ses coéquipiers à la fin de la rencontre contre la Lybie, le 8 septembre 2013 – qui a fait le tour du monde, non sans susciter des interrogations. Pendant que ses coéquipiers s’entrainaient à Lisses en France, les préparatifs s’accéléraient pour recevoir « le plus grand footballeur camerounais de l’heure » à la présidence de la République. Là où il est allé décharger sa lourde mission, celle de qualifier (tout seul ?) les lions indomptables à la Coupe du Monde Brésil 2014. Arrivé dans le groupe, Finke était resté muet face à l’attitude de son joueur. « Pouvait-il avoir le courage de parler ?», m’avait demandé un de mes collègues. Je n’ai jamais cherché à savoir ce que le « sauveur de la nation » avait dit à ses coéquipiers à qui il avait pourtant annoncé sa retraite internationale à l’issue du match contre la Libye du 08 septembre 2013.

En tout cas, il n’y a pas eu assez de bruits et les « soldats » camerounais sont allés livrer en Tunisie un match que beaucoup d’entre eux voudraient rapidement oublier. Attendu en attaque, Eto’o avait préféré jouer le meneur de jeu et beaucoup s’étaient demandé si le buteur de classe mondiale fuyait ses responsabilités. Il n’aurait peut-être pas aimé vivre ce qui arriva à Achille Webo qui, seul devant les buts, réussissait l’exploit de ne pas marquer. Eto’o, solidaire, défendait son protégé quelques jours plus tard à la radio, dans une « interview exclusive » où il dénonça aussi, entre autres l’achat des places en équipe nationale alors que lui-même a constamment été accusé d’imposer la convocation de certains joueurs.

Tout cela relève désormais du passé, en tout cas. Réjouissons-nous simplement du retour de « l’enfant prodige » qui aujourd’hui montre l’exemple en tant que capitaine, en arrivant parmi les premiers au regroupement. Même si jusque-là, je reste inquiet eu égard aux expériences du passé. Je n’ai pas envie de garder mes yeux et mes oreilles totalement ouverts. Un ami me rappelait encore lundi que notre grand frère Eto’o est imprévisible. En suivant la radio, en regardant la télé ou en lisant les journaux, j’ai peur d’apprendre que Samuel refuse de s’entrainer, que Samuel refuse de manger avec ses coéquipiers, que Samuel a eu une altercation avec un de ses coéquipiers d’un « autre clan », que Samuel se fait garder par des gros bras, que Samuel menace de ne pas jouer dimanche… « Quand on a une star de dimension mondiale comme Samuel Eto’o dans son équipe, on doit s’adapter à ses caprices », dixit un « consultant sportif » de mon pays qui a certainement oublié de nous dire en quoi le fait d’être star et celui de faire des caprices sont intrinsèquement liés.

En espérant et souhaitant que l’enfant terrible de New-Bell qui a enfin retrouvé ses sensations de buteur avec Chelsea (trois buts en une semaine) reste concentré sur sa « mission », assignée par la Présidence de la République, nous souhaitons tout de même bonne chance aux Lions Indomptables du Cameroun. Une qualification pour le Mondial serait non pas une victoire de Samuel Eto’o seul, mais celle aussi de ses coéquipiers qui ont su garder leur sang froid face aux « caprices » de leur leader naturel. Ils ont rarement réagi malgré le traitement quelque peu disproportionné des dirigeants du football camerounais, du public, de la presse… D’autres coéquipiers supporteraient mal le fait pour toute la communauté nationale d’avoir tendance à résumer l’équipe national du Cameroun à Samuel Eto’o Fils. Une attitude qui n’épargne pas la présidence de la République qui a confié une mission à un seul joueur, oubliant que le football est avant tout un jeu collectif. De grâce, Samuel marque-nous des buts. Une coupe du monde sans le Cameroun serait difficile à digérer pour tes fans.

Wiliam Tchango

Lotterie américaine

Crédit photo : campus jeunes.net

Jeudi soir, j’ai décidé de faire une halte au carrefour Ange Raphaël, en zone universitaire. Je tenais à rendre visite aux miens, après une dure journée de boulot. Je prenais déjà la route du retour quand je me suis rappelé qu’il fallait « consulter » mes mails. On ne sait jamais, en tout cas. J’ai filé dans le premier cybercafé du coin. Il était tellement rempli de monde, des personnes issues de toutes catégories sociales et de toutes générations (vieux, jeunes, pauvres, riches). C’était un véritable « melting-pot ». J’ai eu de la peine à me frayer un chemin entre ces personnes, toutes dressées debout, l’air impatient. Etions-nous toujours dans un cybercafé ? Telle est la question qui me taraudait l’esprit ?

Je m’étonnais sincèrement de voir un cybercafé, fut-il en zone universitaire, aussi bondé. On n’en trouve pas tous les jours à Douala ! Curieusement quand je promenais mes yeux, juste pour confirmer que tous les postes étaient occupés et que même si, je tenais à me « connecter » dans cet espace, je devais absolument m’armer de patience, grande a été ma surprise de constater que plus de la moitié des postes (plus de 15 postes) étaient inoccupés. Que faisaient donc ces hommes et femmes debout, massés devant la gérante ? Je tenais à comprendre rapidement ce qui ne tournait pas rond dans cet espace avant de m’installer. Un moment, j’ai pensé qu’il pouvait s’agir d’un incident, mais, je n’ai remarqué aucun éclat de voix. Je continuais à observer. Je constatais par la suite que certaines personnes tenaient entre leurs mains, une feuille au format A4 et que d’autres  remplissaient déjà les leurs avec le plus grand soin dans un coin studieux de la salle.

Pour comprendre, il me fallut poser la question à la monitrice du cybercafé qui semblait plus préoccupée par la distribution de ces papiers que par la vente des tickets de connexion. « C’est pour la loterie américaine qu’ils sont là, le délai est fixé au 02 novembre, c’est pour cela qu’il y a affluence ici », me confia-t-elle. Pour obtenir la feuille à remplir, il fallait débourser la somme de 1000 Francs Cfa. A côté, un de ses collaborateurs se chargeait de photographier les candidats à la « Green Card » dans un espace bien aménagé à l’extérieur de la salle. « Il y a un standard de photo qui est requis », m’a-t-elle expliqué ! Plusieurs parents avaient effectué le déplacement, parfois, en compagnie de toutes leurs familles. Pour être servi, il fallait s’armer de patience. Mais, les candidats n’avaient pas l’air de s’en plaindre. Normal ! Ils n’avaient jamais été aussi proches des Etats-Unis.

Face à cette réalité, je me suis longuement interrogé. J’ai eu l’impression en assistant à ce mouvement que les Camerounais en avaient marre de vivre dans leur pays, y compris des parents plus ou moins âgés. Des personnes  à qui on aurait du mal à prêter l’intention de vouloir terminer le reste de leur existence loin de la terre de leurs ancêtres, avec tous leurs enfants. On pourrait comprendre aisément que pour eux, le Cameroun est sans « avenir » pour leurs progénitures. Le sujet m’a tellement préoccupé que j’en ai longuement discuté lors de ma pause de midi, avec un de mes plus anciens amis dans un restaurant d’Akwa, au centre-ville de Douala.

Il n’a nullement été stupéfait par cette observation, lui qui participe d’ailleurs chaque année à ce jeu sans jamais gagner jusque-là. Je lui ai demandé comment tout cela est-ce possible à un moment où le Cameroun semble amorcer un tournant décisif dans sa longue marche vers l’émergence annoncée en 2035. Les chantiers des grandes réalisations s’annoncent tambours battants, les politiques proches du pouvoir disent leur optimisme par rapport à l’emploi des jeunes, etc. Il m’a répondu : « Si c’est pour des discours, les camerounais en ont tellement entendus, on attend des actes depuis des années, les camerounais sont fatigués des promesses », me rétorque-t-il.

Je veux bien croire que les dirigeants du pays n’ont pas connaissance de cette réalité qui d’un certain point de vue pourrait traduire que les jeunes en particulier et les citoyens camerounais en général n’ont plus aucun espoir d’un lendemain meilleur dans leur pays. Pour éviter d’être tout le temps choqués par des injustices, la corruption, les détournements de fonds publics, le népotisme, les réseaux ésotériques et mafieux, ils préfèrent se retirer dans un monde plus « viable » où des valeurs comme la justice, la compétence, le respect de l’autre… seraient respectées, au moins dans leur forme élémentaire.

A l’allure où vont les choses, le Cameroun finira par se vider des milliers de ses citoyens chaque année. En dehors des Etats-Unis, ils sont chaque année un peu plus nombreux à s’inscrire dans les programmes d’immigration pour le Canada, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, bref tous les pays occidentaux ainsi que nombre d’autres pays en Afrique et en Asie. Au Cameroun, tout le monde veut partir, le mot « voyager » a une autre signification depuis un temps.

Je me demande bien si le même engouement s’observe dans tous les pays ciblés par cette loterie américaine. En tout cas, cela fait bien l’affaire des cybercafés qui s’en sucrent.

Wiliam Tchango

 

Malgré l’extrême gravité de l’accident de la circulation survenu samedi dans cette ville, aucun membre du gouvernement ne s’est rendu sur place. Le président de la République, Paul Biya lui, s’est rendu à Rome pour une visite au Vatican sans laisser un mot aux victimes.

Depuis samedi 12 octobre 2013, la ville de Tiko est en état de choc. 19 morts et près de 76 blessés sont sortis d’un accident de la circulation entre un camion transportant des employés de la Cameroon Development Corporation (CDC) et un autre transportant du sable avec un seul pot de phare en bon état. Le choc a été d’une rare violence, des camerounais ont été décapités, éventrés, broyés, le lieu de l’accident s’est transformé en une boucherie humaine. Les travailleurs surchargés comme tous les matins dans leur camion qui se rendaient dans les plantations de la CDC ont été sauvagement balancés sur le bitume après la violente collision. Les habitants de cette petite ville agricole n’avaient que leurs yeux pour pleurer. Le Directeur de la CDC, Franklin Njie reste en larmes, sa société est paralysée.

Partout dans cette ville anglophone du Cameroun, la colère des  habitants est débordante, ils se sentent délaissés. La route qui traverse cette ville aurait pu être élargie depuis longtemps, si le gouvernement camerounais manifestait un peu de volonté, pensent-ils. Pire encore, même face à cette tragédie qui meurtrit tous les camerounais dans leur âme, aucun membre du gouvernement n’est descendu jusque-là au chevet des familles endeuillées et des accidentés. Aucune lettre de condoléance jusque-là du gouvernement de Philémon Yang à la Cameroon Development Corporation (CDC), le plus grand employeur de la zone qui perd un nombre important d’employés.

Depuis le début du mois d’octobre, et même bien avant, l’axe Douala-Tiko est devenu un véritable mouroir.  En un mois, on ne dénombre pas moins de 35 morts sur cette route vitale pour l’économie du Cameroun. Les populations qui vivent déjà dans la psychose ont beau accuser l’étroitesse de la chaussée, le racket organisé par des policiers devant s’assurer du bon état des véhicules qui y circulent et du respect du code de la route par les usagers, la désinvolture des autorités plutôt intéressées par leur bonheur personnel que par le destin des nombreuses personnes qui dépendent d’elles. Mais toujours rien. Le Cameroun, c’est le Cameroun, comme le dit si bien une ritournelle absurde qui ne sert qu’à consoler les masses.Accident Tiko

Photo: cameroun24.net

Un ministre n’est pas n’importe qui

Je me demande pour qui travaillent le Ministre des Transports, le délégué général à la Sureté Nationale, le Ministre de l’administration territoriale, le président de la République même et son gouvernement quand ils ne peuvent pas se déplacer vers les populations en détresse ; lorsqu’ils ne peuvent pas prendre des mesures décisives après des catastrophes ?En France (si vous me le permettez), lorsqu’il y a  une telle tragédie, le Ministre de l’Intérieur se présente sur le lieu dans les heures, voire les minutes qui suivent, le chef de l’Etat, toujours visible, s’exprime dans les minutes qui suivent sur le sujet lorsqu’il ne se déplace pas… des manifestations de soutien aux victimes bien encadrées par le gouvernement sont organisées partout dans le pays, parfois, le deuil national est décrété… Mais Paul Biya s’est rendu à Rome ce mercredi 16 octobre 2013, 4 jours après l’hécatombe, sans laisser de mot.

« Mon ami, tu rêves », me fait comprendre un de mes compatriotes.  « Qui t’a dit qu’au Cameroun, on rencontre un ministre n’importe comment ? Sa personnalité est trop importante pour qu’il se présente n’importe où. La place des ministres, c’est dans les colloques, des réunions budgétivores, des cérémonies fastes où leur culte de la personnalité est assuré et où il y a des personnalités de leur rang. Tu es sérieux quand tu cites jusqu’au président de la République ? Tu sais combien d’hommes, quelle préparation il faut pour qu’il fasse un déplacement ? Est-ce que le président se déplace n’importe comment ? Tu sais depuis combien de temps, on l’attend pour la pause de la première pierre pour la construction du deuxième pont sur le Wouri ? La tribune devant l’accueillir a été construite, détruite puis reconstruite et on l’attend toujours. Sais-tu combien de temps les populations de Buea l’attendent pour la célébration du Cinquantenaire de la Réunification qui devait normalement avoir lieu en 2011 ? » Ajoute-t-il. Nos regards dépités se sont soudainement croisés. Et comme si c’était programmé, chacun a secoué la tête pour marquer sa déception. Une déception partagée par la plupart des camerounais qui ont encore en mémoire, les 6 morts sur l’axe Douala-Nkongsamba, mercredi 09 octobre 2013, sans compter ceux qui, presque tous les jours se laissent leurs vies sur le national numéro 1, l’axe Douala-Yaoundé. Le mutisme des autorités face à ces nombreuses tragédies frise quelque fois le cynisme.

Wiliam Tchango