Et si tous les Camerounais migraient vers les Etats-Unis ?

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5 novembre 2013

Et si tous les Camerounais migraient vers les Etats-Unis ?

Lotterie américaine

Crédit photo : campus jeunes.net

Jeudi soir, j’ai décidé de faire une halte au carrefour Ange Raphaël, en zone universitaire. Je tenais à rendre visite aux miens, après une dure journée de boulot. Je prenais déjà la route du retour quand je me suis rappelé qu’il fallait « consulter » mes mails. On ne sait jamais, en tout cas. J’ai filé dans le premier cybercafé du coin. Il était tellement rempli de monde, des personnes issues de toutes catégories sociales et de toutes générations (vieux, jeunes, pauvres, riches). C’était un véritable « melting-pot ». J’ai eu de la peine à me frayer un chemin entre ces personnes, toutes dressées debout, l’air impatient. Etions-nous toujours dans un cybercafé ? Telle est la question qui me taraudait l’esprit ?

Je m’étonnais sincèrement de voir un cybercafé, fut-il en zone universitaire, aussi bondé. On n’en trouve pas tous les jours à Douala ! Curieusement quand je promenais mes yeux, juste pour confirmer que tous les postes étaient occupés et que même si, je tenais à me « connecter » dans cet espace, je devais absolument m’armer de patience, grande a été ma surprise de constater que plus de la moitié des postes (plus de 15 postes) étaient inoccupés. Que faisaient donc ces hommes et femmes debout, massés devant la gérante ? Je tenais à comprendre rapidement ce qui ne tournait pas rond dans cet espace avant de m’installer. Un moment, j’ai pensé qu’il pouvait s’agir d’un incident, mais, je n’ai remarqué aucun éclat de voix. Je continuais à observer. Je constatais par la suite que certaines personnes tenaient entre leurs mains, une feuille au format A4 et que d’autres  remplissaient déjà les leurs avec le plus grand soin dans un coin studieux de la salle.

Pour comprendre, il me fallut poser la question à la monitrice du cybercafé qui semblait plus préoccupée par la distribution de ces papiers que par la vente des tickets de connexion. « C’est pour la loterie américaine qu’ils sont là, le délai est fixé au 02 novembre, c’est pour cela qu’il y a affluence ici », me confia-t-elle. Pour obtenir la feuille à remplir, il fallait débourser la somme de 1000 Francs Cfa. A côté, un de ses collaborateurs se chargeait de photographier les candidats à la « Green Card » dans un espace bien aménagé à l’extérieur de la salle. « Il y a un standard de photo qui est requis », m’a-t-elle expliqué ! Plusieurs parents avaient effectué le déplacement, parfois, en compagnie de toutes leurs familles. Pour être servi, il fallait s’armer de patience. Mais, les candidats n’avaient pas l’air de s’en plaindre. Normal ! Ils n’avaient jamais été aussi proches des Etats-Unis.

Face à cette réalité, je me suis longuement interrogé. J’ai eu l’impression en assistant à ce mouvement que les Camerounais en avaient marre de vivre dans leur pays, y compris des parents plus ou moins âgés. Des personnes  à qui on aurait du mal à prêter l’intention de vouloir terminer le reste de leur existence loin de la terre de leurs ancêtres, avec tous leurs enfants. On pourrait comprendre aisément que pour eux, le Cameroun est sans « avenir » pour leurs progénitures. Le sujet m’a tellement préoccupé que j’en ai longuement discuté lors de ma pause de midi, avec un de mes plus anciens amis dans un restaurant d’Akwa, au centre-ville de Douala.

Il n’a nullement été stupéfait par cette observation, lui qui participe d’ailleurs chaque année à ce jeu sans jamais gagner jusque-là. Je lui ai demandé comment tout cela est-ce possible à un moment où le Cameroun semble amorcer un tournant décisif dans sa longue marche vers l’émergence annoncée en 2035. Les chantiers des grandes réalisations s’annoncent tambours battants, les politiques proches du pouvoir disent leur optimisme par rapport à l’emploi des jeunes, etc. Il m’a répondu : « Si c’est pour des discours, les camerounais en ont tellement entendus, on attend des actes depuis des années, les camerounais sont fatigués des promesses », me rétorque-t-il.

Je veux bien croire que les dirigeants du pays n’ont pas connaissance de cette réalité qui d’un certain point de vue pourrait traduire que les jeunes en particulier et les citoyens camerounais en général n’ont plus aucun espoir d’un lendemain meilleur dans leur pays. Pour éviter d’être tout le temps choqués par des injustices, la corruption, les détournements de fonds publics, le népotisme, les réseaux ésotériques et mafieux, ils préfèrent se retirer dans un monde plus « viable » où des valeurs comme la justice, la compétence, le respect de l’autre… seraient respectées, au moins dans leur forme élémentaire.

A l’allure où vont les choses, le Cameroun finira par se vider des milliers de ses citoyens chaque année. En dehors des Etats-Unis, ils sont chaque année un peu plus nombreux à s’inscrire dans les programmes d’immigration pour le Canada, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, bref tous les pays occidentaux ainsi que nombre d’autres pays en Afrique et en Asie. Au Cameroun, tout le monde veut partir, le mot « voyager » a une autre signification depuis un temps.

Je me demande bien si le même engouement s’observe dans tous les pays ciblés par cette loterie américaine. En tout cas, cela fait bien l’affaire des cybercafés qui s’en sucrent.

Wiliam Tchango

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Commentaires

Godjeng Young
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J'ai passé du mauvais temps et toujours parti quand il ne faut pas c'est pas du bon mais je reste là et j'aime quand même le pays !!!

Wiliam Tchango
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M. Young, le tout n'est pas de partir. Je ne pense pas que ce soit la seule alternative face à toutes les adversités que nous connaissons dans notre pays, faisons parfois preuve de patriotisme même si les dirigeants en face ne font rien pour nous retenir